Accueil > Nouvelles > Prométhée

Prométhée

Suite électro-acoustique en quatre épisodes
14 octobre 2020, par Francis

Il y a peu, Dominique Meens m’a envoyé un texte intitulé :
« Prométhée, ou la bataille des occasions perdues ».
Ce texte m’a inspiré cette suite électro-acoustique en quatre épisodes, illustrant quatre interprétations philosophiques du mythe. J’ai dédié ces pièces à quatre musiciens français que j’apprécie particulièrement et auxquels j’ai emprunté quelques phrases musicales.

à D.M.

Rappel du mythe
Prométhée et son frère Épiméthée étaient chargés par les dieux de distribuer aux hommes et aux animaux les dons nécessaires pour survivre. Épiméthée demanda à son frère de le laisser assumer cette tâche seul, et Prométhée accepta : il donna aux animaux force, courage, agilité et rapidité. Mais lorsque fut arrivé le tour des hommes, il remarqua qu’il ne lui restait plus rien. Prométhée, venu inspecter le travail de son frère, voit l’homme nu, sans armes, sans chaussures, sans couverture : il décide donc, avec l’aide d’Athéna, de lui offrir un brin du char du Soleil, – le feu – qu’il rapporte sur Terre dans un bâton creux. Grâce à cela, les hommes purent apprendre les techniques et fabriquer les outils nécessaires à leur survie : ils apprirent la civilisation.

Peinture : Odilon Redon

D’Olivier Messiaen j’utilise la partition de cor solo «  Appel interstellaire » (mon morceau préféré de la suite « Des canyons aux étoiles »). J’avais besoin du lyrisme d’un soliste pour mon épopée, sans pathos et suffisamment mystérieux, pour évoquer l’univers des anciens dieux et des titans. Ce cor revient dans les quatre parties et en est donc un des éléments essentiels.

L’accord d’introduction de la première pièce (inspiré du premier accord de « Tarkus » de E.L.P.), les percussions pesantes et les sons non musicaux participent à nous entraîner dans un univers épique où l’homme n’a pas sa place. Les différents appels des cors, surgissant d’ambiances sonores non identifiés, illustrent la résolution de Prométhée.

La deuxième pièce se passe dans la tête de Prométhée. Une percussion insistante (Angklung) va perdurer pendant toute la pièce passant parfois au premier plan ou s’effaçant complètement pour mieux revenir... C’est l’inquiétude qui ronge notre Titan. Au loin, l’univers musical s’inspire de la Grèce antique rêvée par Maurice Ravel dans le ballet « Daphnis et Chloé ». Notre cor semble moins assuré, ses phrases sont moins lisibles que dans la première pièce.

Le troisième morceau fait intervenir, par l’intermédiaire du saxophoniste, l’humain. Ses interventions lyriques et apaisées vont dialoguer avec le ou les cors et répondre par l’insouciance au discours héraldique du cor. Un passage plus violent dépeint les luttes, guerres et asservissements (bégaiements du synthétiseur).
Le monde des dieux comme celui des hommes continuent de tourner mais sans s’ignorer.
J’avais d’abord pensé m’inspirer de la musique orchestrale de Florent Schmitt et tout compte fait c’est sa musique pour piano que j’ai choisi.

Dans la dernière pièce nous sommes, en Grèce antique, en pleine nature : les arbres gémissent, les dryades jouent du hautbois, les satyres de la flûte, les sources égrènent des accords, Vangelis (Blade Runner) joue du synthétiseur, les faunes et les fées grommellent et chantent, le monde semble au diapason du faune de Claude Debussy. Le lyrisme des sonates de Debussy résonne dans la nature, quelques réminiscences des épisodes précédents traversent le paysage sonore.
Ce morceau doit beaucoup à ma collaboration avec Jan Eerala.

1. Le devin
à Olivier Messiaen
Pour Albert Camus, en 1946, dans l’Europe en ruines après la violence et les convulsions de l’Histoire, Prométhée incarne l’homme contemporain, persécuté et fils de la justice, qui souffre du malheur de tous en connaissance de cause : « Ô justice, ô ma mère, s’écrie Prométhée, tu vois ce qu’on me fait souffrir. » Et Hermès raille le héros : « Je suis étonné qu’étant devin, tu n’aies pas prévu le supplice que tu subis. - Je le savais, répond le révolté. »

2. L’inquiètude
à Maurice Ravel
Pour Hobbes, les souffrances de Prométhée, condamné à avoir le foie dévoré chaque jour, symbolisent les craintes et autres douleurs qu’inspirent à l’humanité les inquiétudes de l’avenir.

3. Le responsable
à Florent Schmitt
Le philosophe Hans Jonas fait référence au mythe de Prométhée dans le Principe responsabilité (1979), pour faire allusion aux risques inconsidérés liés aux conséquences de certains comportements humains et de certains choix techniques, par rapport à l’équilibre écologique, social, et économique de la planète.

4. La sagesse des mythes
à Claude Debussy
La mythologie grecque a toujours fournit une ample source d’inspiration à la philosophie, à la littérature et à tous les arts. Lisons et relisons la mythologie.

Peinture : Eugène Brunet


article précédent : Monk

Article au hasard :

Image
L'île lisible

un deuxième essai sur le signifiant dans la nature

assezvu © 2018 contact