Accueil > Claude Debussy > Préludes - Livre I

Préludes - Livre I

Claude Debussy
29 mars 2019, par Francis



... Le prélude c’est l’avant-propos éternel d’un propos qui jamais n’adviendra.
Vladimir Jankelevitch

Le premier livre des Préludes pour piano de Claude Debussy fut composé très rapidement : entre décembre 1909 et février 1910. Certaines pièces auraient même été créées en un jour.
Ces compositions très libres sont considérées comme un sommet de la musique impressionniste et représentent l’aboutissement de la pensée pianistique de Debussy.
Les Préludes évoquent une invitation à la rêverie et le compositeur prend soin de n’indiquer leur titre qu’à la fin de chaque pièce, entre parenthèses et précédé de points de suspension. Est-ce pour laisser l’interprète de découvrir ses propres impressions sans être influencé ?

Pour l’orchestration de ces Préludes, j’ai préféré délaisser le coté vaporeux et mystérieux qu’on associe trop souvent à la musique de Debussy pour en faire ressortir toute la verve et l’acidité.

Mon orchestration a été rendue possible grâce aux instruments virtuels créés par Spitfire audio.

1. Danseuses de Delphes
Lent et grave
Le premier prélude du Livre I est le plus ancien de tout le recueil. L’œuvre a été créée par le compositeur lors du concert du 25 mai 1910.
Le titre de la pièce est emprunté aux « Danseuses de Delphes », fragment de sculpture du temple d’Apollon de Delphes
Ainsi, après quelques essais infructueux, j’ai imaginé, ici, ces danseuses en créatures de Botero et j’ai donc invité un tuba et une clarinette basse pour arrondir mon orchestre.

« Le bruit de la mer, la courbe d’un horizon, le vent dans les feuilles, le chant d’un oiseau, déposent en nous de multiples impressions. Et, tout à coup, sans que l’on y consente le moins du monde, l’un de ces souvenirs se répand hors de nous et s’exprime en un langage musical. Il porte lui-même son harmonie ».
Claude Debussy

2. Voiles
Modéré
Voiles a été écrit par Claude Debussy en 1909. Le titre du morceau peut être interprété au masculin comme au féminin. Hormis quelques chromatismes et un court passage pentatonique, le prélude utilise le mode par tons qui donne au morceau son caractère mystérieux.

3. Le vent dans la plaine
Animé
Troisième prélude du Livre I, il a été créé par Debussy le 29 mars 1911.
Ce morceau fait partie des cinq préludes dont le titre est inspiré par la nature. Le contenu musical est un microcosme de l’imaginaire Debussyste, on y retrouve comme toujours une grande liberté de ton et une invention de tous les instants. Aucun poncif musical n’y apparait... La brise légère tourbillonne, des rafales plus violentes nous procurent quelques frissons et la pièce se termine comme un rêve qui passe.

« Je voulais à la musique une liberté qu’elle contient peut être plus que n’importe quel art, n’étant pas borné à une reproduction plus ou moins exacte de la nature, mais aux correspondances mystérieuses entre la Nature et l’Imagination. »
Claude Debussy

4. Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir
Modéré
Inspiré par le poème de Charles Baudelaire, Harmonie du soir.

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

5. Les collines d’Anacapri
Très modéré
Dans ce cinquième prélude du Livre 1, Claude Debussy visiteur régulier et admirateur des collines d’Anacapri, nous entraîne dans un nouveau paysage sonore.
Les collines d’Anacapri est une œuvre ludique et joyeuse dont le thème exhale les saveurs ensoleillées et légèrement exotiques de l’Italie, il glisse dans ce voyage onirique un thème emprunté au folklore local.

« Il n’y a pas de théorie, le plaisir est la règle. »
Claude Debussy

6. Des pas sur la neige
Triste et lent
Écrit pour le piano par Claude Debussy entre la fin 1909 et le début de 1910.
Le motif de trois notes constant tout au long du prélude symbolise peut être les empreintes de pas effectuées dans la neige.
Le morceau ne module pas et semble très statique, décrivant à merveille un paysage froid et désolé. Le point de vue semble toujours different car le prélude en parcourant plusieurs modes, explore les douze sons de la gamme chromatique.

7. Ce qu’a vu le vent d’ouest
Animé et tumultueux
Claude Debussy, grand amateur des contes d’Andersen, aurait été inspiré par l’histoire racontée dans Le Jardin du paradis.
« ...Le vent d’Ouest évoque le tumulte de la nature.
Quel beau spectacle ! Transporté de joie, je soufflai une tempête avec tant de force que les vieux arbres furent déracinés et livrés au vent comme des feuilles. [...]
J’ai fait des culbutes dans les savanes, j’ai caressé les chevaux sauvages et abattu les noix des cocotiers. »

Ce prélude qui se souvient des œuvres de Franz Liszt est considéré comme un morceau d’interprétation virtuose. Il est le premier de ce genre dans le recueil des préludes. Toute en violence et sauvagerie, c’est une des pièces les plus moderne de Debussy et, sans doute également, l’une des plus périlleuse à jouer.

"Le snobisme, tant raillé par les artistes, a fini par les atteindre, et ils en font un usage peut-être encore plus bête que les gens du monde, car, pour eux, il suffit qu’une chose n’ait pas été faite pour qu’elle soit belle ! - C’est de l’esthétique pour magasin de nouveautés !"
Claude Debussy à André Caplet, 6 juin 1913

8. La fille aux cheveux de lin
Très calme et doucement expressif
La fille aux cheveux de lin a été créée par le pianiste Franz Liebich, le 2 juin 1910 au Wigmore Hall de Londres.
Superbe mélodie qui se souvient du Prélude à l’après midi d’un faune, c’est un des morceaux les plus enregistrés de Debussy, tant dans sa version originale pour piano que dans divers arrangements.

En plus de cette orchestration vous pouvez également découvrir mon
interprétation à la guitare de ce prélude.

Il existe également une chanson de Debussy écrite autour de 1882, qui n’a pas été publiée, mais qui porte le même titre.

9. La sérénade interrompue
Modérément animé

« Un pauvre joueur de guitare est sans cesse interrompu dans son aubade.
Mille incidents de la rue arrêtent la chanson d’amour de notre pitoyable Don Juan »
Alfred Cortot.

L’inspiration espagnole de cette pièce étant évidente, j’ai préféré ignorer, pour cette orchestration, la guitare et les cordes pincées. M’inspirant de Béla Bartók, j’ai choisi un ensemble de cordes jouant presque exclusivement spiccato, un cor et une trompette ainsi que quelques percussions : grosse caisse, cymbale cloutée et caisse claire.

10. La cathédrale engloutie
Profondément calme
Dès l’introduction, la succession d’accords parallèles évoque le moyen âge, la musique ancienne et le mystère. Debussy utilise aussi ces accords pour leurs sonorités évocatrices de cloches.

La légende qui inspire cette pièce, raconte que les cloches de la cathédrale du village breton d’Ys, englouti par les eaux, sonnent encore.

Lisez ou relisez cette belle histoire bretonne.

Les préludes pour piano inventent une écriture musicale qui met fin à trois siècles d’harmonie fonctionnelle mais Debussy n’abandonne pas pour autant la tonalité, il la redéfinit.

L’art est le plus beau des mensonges.
Claude Debussy

11. La danse de Puck
Capricieux et léger

Ecrite par Claude Debussy pour le piano, et créée le 25 mai 1910, par le compositeur, « la Danse de Puck » est peut-être celle du « Songe d’une nuit d’été » de William Shakespeare.

Le Puck est une créature féerique du folklore celte, farfadet transformiste, sorte de lutin malin, espiègle et un tantinet rebelle aimant jouer des tours aux voyageurs.

12. Minstrels
Modéré
à venir


article précédent : La fille aux cheveux de lin

article suivant : Ce qu’a vu le vent d’ouest