Platon

une archive de Jan de Weck discutée
2 août 2020, par Dominique

Passe plat

Vous connaissez les catalogues des fabricants de mobilier. On y trouve des salons et des bibliothèques. J’ai toujours tenté de voir ce qui se trouvait sur les tables basses et les étagères, quelquefois des livres. Il serait amusant d’y voir les œuvres complètes de Platon. Il est vrai que ces photographies ne sont pas prises chez des poètes. Car les poètes, ceux « qui sont également poètes » comme on peut le lire dans les anthologies, ont tous, nécessairement, à portée de main, les œuvres complètes de Platon. Au point que, lorsque je suis invité chez un également poète, mon regard se porte plus ou moins indiscrètement, selon qu’il ou elle m’y convie ou non, sur la table basse et la bibliothèque, à la recherche des œuvres complètes de Platon, rassurantes. Baudelaire recevait rarement et, dit-on, faisait disparaître toute trace d’activité poétique, papiers et livres. Point d’œuvres complètes de Platon chez Baudelaire. Qu’en aurais-je conclu ! Cependant, cachées ou non, les œuvres complètes de Platon ne sauraient être ignorées par le poète, également. Car elles lui sont tout adressées. Jeunes gens, qui voulez être poètes également, ou qui voudriez faire également poète, les éditions Flammarion publient les œuvres complètes de Platon en un seul volume, élégant. Procurez-vous cette édition pour commencer. Vous avez tout votre temps ; il viendra, celui où vous aurez des doublons du Phèdre, des quadruplets du Gorgias et du Banquet, sans compter le Socrate de Satie. Sachez par ailleurs et pour finir que je n’ouvrirai plus mon atelier d’écriture qu’à ceux qui me présenteront une photographie d’intérieur où je trouverai, table basse, étagère ou ailleurs, peu m’importe, les œuvres complètes de Platon. Décor ? Semblant ? Peu m’importe encore une fois : c’est le genre de livre qu’on finit toujours par ouvrir. Et l’on n’en sort plus, c’est en quoi les œuvres complètes de Platon sont poétiques.

Nota bene : je ne vous fait pas la critique de l’édition elle-même, vous êtes jeunes, cela vous effraierait. Et puis, jeunes que vous êtes, la traduction vous plaira. N’y lit-on pas, au Banquet, qu’Apollodore est « à côté de la plaque » ?

Platon, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, 2004 p., 69 euros.

Discussion

Le point de vue de Jan de Weck n’est guère discutable : comment, après tout, discuter un point de vue ? Voici donc le mien, puisque je suis placé ailleurs. Je me suis procuré en son temps cette édition des œuvres complètes de Platon, mais je ne l’utilise guère que pour mieux orienter mes propres lectures du texte grec, et rarement. C’est écrit, ça me démangeait de l’écrire.
Il me démange également d’écrire d’autres phrases, très souvent liées à un fort mécontentement. Je suis ces jours-ci très mécontent du sort que réservent les producteurs des machins informatiques. Selon eux, tout est à portée de l’utilisateur ordinaire. L’utilisateur que je suis doit être bien plus qu’ordinaire : il se trouve que peu se trouve à ma portée de comprenette.
Je souhaitais examiner comment échanger des fichiers entre machines. Sur trois solutions faciles à portée de tout un chacun, une seule a fonctionné. Je souhaitais partager des fichiers avec des camarades sans passer par les conglomérats connus. Rien de plus facile, me disait-on ; trois paragraphes plus loin, je n’y entendais plus rien.
J’étais en 1998 à Quito. J’y ai créé un site web et j’en ai assuré le suivi toute une année. Ce que l’on me propose aujourd’hui, c’est de m’inscrire ici ou là, et de n’être plus qu’asservi aux modules et autres « templates » tous plus moches et puant la pub les uns que les autres ! J’étais en 1973 à Offenburg. J’y ai disposé successivement d’automobiles que j’ai dû et pu réparer à l’occasion de pannes diverses, peu graves. Aujourd’hui, le garagiste lui-même ne peut rien sans la « valise ».
Quel rapport avec Platon ? Platon décrit la confiscation du savoir. C’est le mode d’un discours, c’est-à-dire d’un rapport social, qui perdure et s’accentue, et pèse, lourdement.

Deux mots sur les images

L’image ci-dessus est de D.M. Il s’agit d’une de ces pelleteuses utiles à nettoyer les fonds de marais ostréicoles, les claires : métaphore. L’image précédente associe un tableau de Tania Brûsz à quelques fleurs qu’un autre peintre a souvent pris pour motif, rencontre due au hasard de la vie, ou dimanche de la vie, platonicien encore : métonymie. L’image qui introduit le propos de Jan de Weck est une photographie prise par C*** E*** ces jours derniers, au coucher du soleil, passe des deux sœurs, sur le littoral ouest de l’île d’Oléron : image.

Le logo de cet article est prélevé d’un tableau de Jan te Wierik.


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