Accueil > Nouvelles > Ni se nierait

Ni se nierait

reçu d’une lectrice
4 février 2020, par Dominique

Qu’attend-on d’un Gilet jaune ? Sait-on ce qu’il en est d’un Gilet jaune ? On sait seulement ce qu’ils font, ce qu’ils gueulent, ce qu’ils filment et ce qu’ils chantent, ce qu’ils se prennent dans les yeux, dans l’œil ou sur le crâne, le samedi, ou à l’occasion de leur participation collective aux manifestations. On ne peut seulement qu’imaginer ce que chacun fait de sa semaine et comment. Je n’en ai pas croisé, n’appartenant pas à ces milieux sociaux, ou classes sociales comme on n’ose plus dire. Il est vrai qu’il paraît qu’elles ont disparu, ne laissant derrière elles que riches et pauvres, élites et couches moyennes, gens et gueux. « Gueux » revient, je l’ai entendu, et « sagouin » et « crasseux » ; « sans-dent » n’est plus guère à la mode. J’ai donc été très étonnée de lire un livre gilet jaune, je veux dire un livre écrit par un Gilet jaune qui le serait, Gilet jaune, écrivant. Car les bons sentiments, ceux qui permettent à n’importe quel professeur d’université, directeur de clientèle, architecte ou ingénieur chimiste comme je suis, de voir d’un œil attendri ces aigris d’une république macaronique et burlesque, sont très insuffisants pour s’en croire leur allié, ou pire se croire en être. En être, ce serait critiquer, nier l’état des choses quotidiennement. On voit peut-être où j’en viens. Ce livre, Ni, ne se contente de rien, surtout pas des bons sentiments qui font les mille essais parus et à paraître sur le sujet. Il nie si bien qu’il se nie lui-même, et fini nié. Je suis pour le moment la seule à l’avoir vu, ou lu, peut-être. J’en conclus que je dois être assez jaunie moi-même.

Paula Tavant, Mézens, février 2020.


article précédent : Ni lettone

article suivant : Et voilà ! en concert à Marigné-Laillé

assezvu © 2018 contact