Lu et délu

de lire et délire
14 avril 2020, par Dominique

La pandémie qui nous occupe, au coin bon et ailleurs, nous est une opportunité de mettre à l’épreuve d’une réalité bien peu transparente les chiffres, barres, lettres et flèches héritées de Lacan. Le discours du maître est aisément situable. Un certain nombre de décrets ont été écrits et publiés sous la signature du chef de l’État ou du Premier Ministre. Ces ordres à respecter sous la menace de violences diverses, à qui sont-ils adressés, sinon à des sujets réduits à de l’autre producteur consommateur. Il est plus intéressant de tendre l’oreille – petite si possible – au discours médical qui le soutient pour le moment. Entend-on que le discours médical est de structure celui du maître : les sujets réduits à ne plus être que des corps susceptibles d’être infectés. Le discours médical peut par ailleurs prendre la tournure du discours universitaire, et nous en donnent preuve les mandarins et charlatans de divers lieux et scènes, cela ne lui est pas essentiel. C’est pourquoi ceux qui résistent aux ordres du Maître feraient bien de se soucier un peu de ce qu’ils réclament. Si le Maître se fiche bien du peuple – mettons que ce peuple puisse exister – la population que le Médecin lui offre en lieu et place à l’occasion le satisfait pleinement. Aussi, le Médecin ne critique pas le Maître sur ce point essentiel, qui est la pure et simple disparition des sujets. Mettez un Médecin au pouvoir, s’il ne tiendra guère à la santé des banques, il sera fort soucieux de santé, et les zoms ne quitteront même plus leur balcon pour un quart d’heure. L’hystérie n’est guère expansive à cette heure : les bons sentiments, le dévouement, voire l’héroïsme, semblent avalés ou amortis par les maîtres après lesquels court l’hystérique afin de pouvoir les détrôner, croit-elle. Qu’un médecin pourtant soit secoué par ce discours, qui est aussi celui de la science, souvenons-nous que celui-là produit du savoir, qu’un médecin décide de fureter plutôt que d’avertir et conseiller le prince, il se peut qu’une trace soit laissée, que le coin bon relève. Autre curiosité : qu’est-ce exactement qui n’a permis au Maître de laisser courir l’épidémie ? Il y aurait beaucoup gagné. Son malthusianisme rampant et masqué aurait été satisfait. Y aurait-il un seuil de mortalité insupportable en Chine comme en Europe ? Contraints donc par ce seuil, les Maîtres de ces lieux ont-ils été obligés d’informer et du même coup de retourner ces informations en propagande ainsi que le spectacle, soit le discours capitaliste qui les tient eux-mêmes sous sa coupe, le leur commande ? Nous ne nous posons au coin bon que des questions auxquelles nous n’osons répondre. La situation est en effet, à notre goût, délirante, c’est-à-dire qu’elle en conduit beaucoup à délirer, et à beaucoup délirer. Dans ces conditions nous préférons nous taire. Nous comprenons mieux Karl Kraus, qui s’est tu, un jour.


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