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Lake Puurijärvi

Francis Gorgé - Jan Eerala
7 janvier 2019, par Francis

Nous sommes au bord du lac Puurijärvi, dans le sud-ouest de la Finlande. Jan Eerala s’y trouve avec ses micros en fin de soirée, soleil couché. Les oies des moissons, les oies rieuses et les bernaches rentrent au lac pour la nuit.
J’ajoute mélodies, rythmes, polytonalités, emprunts et timbres, pour une musique étale comme le lac Puurijärvi peut l’être.
Francis Gorgé.

Field recording and photo :
Jan Eerala.

Lac Puurijärvi


La poésie de l’antiquité était orientée vers le beau, la poésie moderne vise L’intéressant, quitte à violer la loi du beau. L’intéressant lui est une « puissance esthétique subjective » qui se passe de beauté. Aussi la poésie moderne perd-elle son universalité dans la séparation, la singularisation de l’intéressant. L’intéressant s’avère en crise, comme l’indique Friedrich Schlegel, d’être exclu de tout contexte, effet d’un art de plus en plus rationalisé. L’intéressant moderne continue de s’enrichir parce qu’il ne trouve pas ce qu’il cherche : « intéressant en effet tout individu original, neuf, de plus de teneur intellectuelle ou d’énergie esthétique ». Il est évident pour Schlegel que cette augmentation d’énergie esthétique ou de teneur intellectuelle est sans limite. La fin de l’intéressant n’est pas en vue, car il n’y a pas de plus intéressant des plus intéressants. « L’intéressant trouve son sens à laisser la réalité finie, à détruire la forme achevée, à vouloir une réalité infinie. » C’est ainsi et pas autrement que la poésie moderne persiste : elle court, et c’est peut-être sa seule légitimité, progrès sans fin qui n’atteindra rien de la fin qui le porte : la beauté. De la progression sans fin de l’art moderne, rien ne s’offre plus qui puisse parler pour lui. Quand dans sa beauté l’art antique peut persister, l’intéressant de l’art moderne n’y suffit pas.

Ceci, que je tire d’une lecture de Schlegel et de Ansgar Maria Hoff, fera commentaire. Il est entendu que dans cette pièce particulièrement, Francis Gorgé vise et touche au classique.
Dominique Meens.


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