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La férocité de Jan de Weck, diront-ils

une autre page du critique net
27 juillet 2020, par Dominique


Photo de A.B.

Une tranche

J’ai lu les 150 pages de l’Europeana de Patrik Ourednik allègrement, sans traîner, et m’en suis beaucoup amusé. Le libraire m’annonçait que ce texte serait mis en scène. Je n’en suis guère étonné. J’imagine le pilier de comptoir bouffi d’informations nous lâcher son histoire du 20ème siècle. Comme il m’arrive d’être sérieux, j’ai songé de temps à autre aux Histoires Variées d’Élien, qui lui-même alignait poncifs et anecdotes de son temps. Vous n’apprendrez donc rien de très intéressant à lire ce livre, sinon qu’assurément pas mal de vos points de vues, ceux qu’il vous arrive d’émettre à l’occasion d’une soirée arrosée, s’y trouvent, leur présence vous avertissant de leur caractère insupportablement bête et pontifiant. Cela dit, si vous êtes trop sérieux, vous risquez de considérer l’humour (tchèque) de l’auteur une manière de céder au lui-même poncif : tout se vaut, rien n’a de sens, chacun pour soi. La transformation de diverses langues de bois, soit d’assurances méthodiquement organisées, en une grande tapisserie d’inconséquences, mêle vrai et faux, faux et vrai, sans que le faux ne prêche le vrai ni que le vrai ne démasque le faux. L’auteur nous donne en 150 pages une semaine de France-Culture et 52 numéros de Télérama (Talaramasse, chez Meens). Les plus malins y ajouteront 10 pages ou plus, fonction du loisir dont ils disposent, la proximité et le nombre de Café de Paris qu’ils pourront trouver en ville. Ça n’est pas mal fait, et ça se voit, aux répétitions artistiquement distribuées par exemple. Ce livre a été traduit en plus de vingt langues et, en France, édité 7 fois par les éditions Allia, signalent-elles.

Le livre de Macedonio Fernández, Musée du Roman de l’Éternelle, est lui, exceptionnel. C’est un livre pour écrivain que les lecteurs intermittents du spectacle pourront lire avec intérêt avant de se mettre à écrire.

Le premier paragraphe de La vie sur terre de Baudoin de Bodinat est mal écrit. Je ne peux donc en dire plus à son sujet. Qu’un autre, moins réticent, moins sectaire, ou moins phobique, s’y mette.

Baudoin de Bodinat, La vie sur terre, éditions de l’encyclopédie des nuisances 2008, 240 p., 20 euros.

Macedonio Fernández, Musée du Roman de l’Éternelle, Gallimard 1993, 348 p., 22,87 euros.

Patrik Ourednik, Europeana, Allia 2007, 160 p., 6,10 euros.

Henri Poncet, éditeur de Jan, photo D.M.


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