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Jan de Weck se fait l’auteur

où l’on conçoit que Jan de Weck se pourrait être un prête-nom
14 août 2020, par Dominique

Die begeistert Krähe

Comme Amandine Perez et Valentine Mérac n’ont toujours pas pris rendez-vous pour m’interroger dans le cadre de leur thèse en cours, je me démène sans elles. C’est assez pratique d’anticiper ces visites de thésardes, j’emplis la boite à chaussures de ces renonciatures imprimées au fur et à mesure, qu’elles trieront. Elles apprendront de cette nouvelle rognure que l’écrivain bizarre, mais vraiment bizarre, celui qui ne se plie à aucun genre connu et répertorié, a, au contraire, choisi de plier bagages, soit la page à laquelle il est, de claquer la porte ouverte et d’emprunter un chemin qui mène ailleurs que dans les encombrements. Elles apprendront. Ça piétine sec. Les nuls nés prophètes à l’heure pénible creusent leur trou à la petite cuillère. Ils en ont pour un moment, car la carrière épaissit au fur et à mesure. Les conditions épaississent, obscurcissent, avalisent tant et plus qu’ils grattent pour rien. Pas mal d’entre eux ont fait demi-tour marche arrière et cultivent leur petit lopin d’avant-garde à la ramasse. Esterházy commence par Indirect qui est certainement plus fatigant à gratter que Trois anges me surveillent. Bolaño gratte le Mexique, on voit qu’il l’a gratté quand ses doigts se reposent sur la méthode américaine, how to write a novel en 2666 leçons. "Je suis, dit l’écrivain bizarre, reconnaissable et reconnu. En Autriche on m’appelle Kofler. Si vous ne voulez pas me lire, si ça vous arrange de penser que la littérature française, c’est l’Alsace et la Lorraine, s’il vous faut à tout prix faire ce détour par l’étranger, dont l’herbe est si verte, lisez donc Kofler. Kofler gratte. Kofler est inconfortable, il vous dérangera. Et merveille ! il vous permettra de vous rasseoir droit dans vos pompes françaises ! Ah ! ces Autrichiens !"
Salut Kofler ! Salut et respect ! je viens de lire la traduction en français de France de ta traduction en allemand d’Autriche des aujourd’huis (sic : au jour d’une porte ouverte) de l’écrivain bizarre que deux jolies filles veulent théser. Mes compliments ! Le rythme, parfait ! Le tempo des signes, n’est-ce pas ? Le mensonge à plein nez (pas mal trouvé, ça, pour le faux vrai) ! Le genre aux ronces et la rage aux orties ! Tu fais bien de traduire ses aujourd’huis comme il excelle à traduire les tiens. Et dis-moi, Kofler, ne va pas prendre ces compliments de travers ! Comme je remerciais dernièrement un jeune cinéaste d’avoir tourné le film d’un des "personnages" de l’écrivain zarbi, le gamin s’est fâché, croyant, peut-être, que j’induisais quelque plagiat, quand je voulais lui montrer comme ils étaient, l’un et l’autre, de ces singes kafkaïens dans la canopée (le gamin n’en était pas, pour preuve, les livres qu’il a ensuite produits). J’espère, Kofler, que tu ne te crois pas seul comme le critique français le décide, applaudissant les cabrioles de l’atèle afin de pouvoir ignorer celles du gibbon. Mais tu es au courant, le critique autrichien décidant de gigoter au sifflet d’un rossignol exotique et gueulant, le doigt dans les oneilles : « Tout mais pas ça Kofler, tout mais pas ça ! »
Ici, Kofler, nous sommes tout ouïe, vas-y, croasse, ça nous chante.

Werner Kofler, Automne, liberté, éditions Absalon, 2008, 123 p., 17 euros.

Amandine & Valentine, photo Zaharia Cusnir.
Werner Kofler, agence Votava.


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