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Comme on se retrouve !

découverte d’archives de Jan de Weck
2 juillet 2020, par Dominique

Examinant un disque dur, je trouve un dossier Jan de Weck, que nous n’entendons plus sur France-culture de puis un moment. Retraite forcée ou changement de programme, comme à l’habitude des directions qui se succèdent, toutes plus modernes que les précédentes. Il est vrai que le bonhomme n’était guère moderne. C’en était un du genre à tout nier, comme Ni, au point que ses critiques positives étaient des plus suspectes. Bon. Je m’en vais le publier ici pour vous distraire de l’été.

D.M.

Tarkos

À l’occasion de la sortie des Écrits poétiques de Tarkos, nous étions invités à visionner quelque chose sur le bonhomme. J’y suis allé. Et j’ai pu vérifier que les comédiens sont toujours à côté de la plaque. Les textes de Tarkos lus par lui-même ont une tenue certaine, et c’est la déconfiture lorsqu’ils sont lus ou dits par des comédiens, pire encore lorsqu’ils sont mis en scène. Tarkos, ce n’est ici qu’une hypothèse, une torsion que j’effectue sur son compte, Tarkos s’est trouvé pris à son propre jeu. J’imagine, oui, j’à côté d’la plaque et j’hypothèse qu’il a débuté dans un esprit sortie-d’atelier-d’écriture-des-Beaux-Arts, celui qui a pour souci de faire rigoler les copains, et quand ils rigolent, céksé bien écrit. La surprise est venue de la phrase elle-même, qui s’est mise, comme il dit, à coller, à coller là, dans sa propre bouche : c’était moins drôle, et j’ai bien vu que les rires façon alatélé finissaient par lui déplaire beaucoup. Il est possible que mon vinaigre ne me permette que de goûter le rire sarcastique et violent, d’où que je veuille relever Tarkos des vulgarités socio-culturelles et du soi-disant second degré des abonnés au théâtre de la Maison de la Culture (subventionnée par la Ville, le Conseil Général, la Région, le Ministère de la Culture, nos partenaires Télérama, France-Culture, Libération, Les Inrockuptibles, Air France, la SNCF, ratp.com). Cependant, Tarkos a écrit L’Argent, comme Péguy. Tarkos avait-il lu Péguy ? Je l’ai lu. Après tout, je me fiche pas mal de ce qu’avait lu Tarkos. Qui a lu l’argent de Péguy (et celui de Pound assurément, mais la phrase Péguy permet bien des choses d’aujourd’hui, ce qui, comme dirait Sollers, est caché), qui lit l’argent Péguy puis l’argent Tarkos se trouve un peu déplacé parmi des abonnés. Tarkos, entraîné par sa phrase collante et collée, s’est trouvé lui-même déplacé, produisant des phrases de moins en moins lisibles par l’atelier théâtre, et lui-même tenté d’indiquer comment s’y prendre (dans Le Peneu par exemple, où, prêtre sorcier du fétichisme contemporain, il prend un pneu gigantesque pour totem). Concluons : un, pendant le visionnage personne n’a ri que le public visionné, c’est que le temps a passé, que Tarkos est mort, que sa mort à rebours le nettoie du rigolo ; deux, les comédiens ne savent pas plus lire certains des contemporains que les éditeurs, les libraires, les universitaires, et tout le tremblement des abonnés. J’ai un problème et c’est très explicite Tarkos. (Je voulais terminer là-dessus, mais je ne suis plus certain de la citation qui pourtant rythme le film de David Christoffel — tant pis pour moi. Comme je tentais de la retrouver sur le réseau, j’ai vu qu’un cd a été produit qui contenait ce moment mais qu’il est épuisé, et j’ai vu beaucoup d’autres commentaires sur Tarkos et là je me tais, ô comme je me tais je me tais.)
J.de W.

Christophe Tarkos, Écrits poétiques, P.O.L. 2008, 432 p., 20 euros.
Le portrait de Tarkos, trouvé sur la toile, sans copyright ni nom d’auteur.


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