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Aller-Retour

à Louis Watt Owen
3 juin 2013, par Dominique

Aller-Retour

à Louis Watt-Owen

Je te sais un amateur. Les germanophones disent cela : amateur. Ce mot n’a pas la même valeur en français. Je me demande quelle peut être aujourd’hui la valeur de certains mots, de phrases choisies, de discours imposés, en français par exemple puisque je reviens d’avoir exercé mes talents d’on verra quoi, en français. Je retrouve dans le train une connaissance, nous sommes publiés par le même éditeur, raison pour laquelle, supposé-je, nous avons été invités à lire et converser ensemble à l’occasion d’un festival supplémentaire. Dans le train la conversation porte sur l’état désastreux des écoles d’art, des directives européennes qui se déchaînent… mon interlocuteur s’endort. Là-bas, les organisateurs ont prévu pour mon accueil une vraie fausse entrée naturaliste, deux hérons, l’un posté le long du canal, l’autre volant poisson au bec, frais, la queue s’arque et brille. Entre le congrès des vétérinaires homéopathes du Poitou et l’Assemblée générale des oncologues du Christ-Roi, le Palais des Congrès municipal accueille l’opération promotionnelle qui m’emploie, intervenant littéraire non cadre. Trois espaces sont prévus, un très grand espace, un espace, un petit espace. Nous rejoindrons le petit espace plus tard. Pour le moment nous déjeunons. La vedette rejoint la table où nous sommes placés. Je la salue, elle ne me reconnaît pas mais ne s’en inquiète évidemment pas, et je lui présente mon voisin, dont elle se souvient qu’elle l’a rencontré il y a une bonne quinzaine d’années. Une autre connaissance nous aborde, s’installe à nos côtés, me reproche de ne rien entendre aux dangers qui guettent l’institution autrefois chargée de soutenir les lettres. Nous nous installons dans le petit espace. Il y a là trois personnes, puis sept, une quinzaine à l’issue de notre prestation. Prestation. Le dictionnaire donne étonnamment pour exemple une phrase du Syndicat des artistes-interprètes. Au cours de ladite, je suis amené à me taire. Un photographe accrédité se répand non loin au téléphone. Le modérateur se lève, le rejoint et lui propose de s’éloigner. Dans l’après-midi, je dérive un moment dans le quartier, détruit de fond en comble. Quelques immeubles abandonnés couverts de signes anarchistes et de grafs, une fête de quartier dans un square où joue la fanfare Le Sceptre d’Ottokar typiquement européenne et pourtant tellement exotique et originale voici une musique adaptée à toute manifestation festive cette musique pleine de sensibilité et de richesse culturelle ravit tous les publics. Regagné le Palais des Congrès, je m’assoie sur la scène de l’espace qui n’est ni le petit espace, ni le grand espace où je viens d’apercevoir la vedette, qui interroge un grand écrivain international. J’ai remarqué comme la vedette resplendissait beaucoup plus qu’il y a quatre heures, à table. Le public. Les publics. Je ne sais. Des gens sont là. Le modérateur nous présentera tour à tour, et nous étions chargés, j’ai dû mal comprendre, de lire quelques passages de nos ouvrages qui évoquent les Métamorphoses d’Ovide. Le directeur artistique du festival annonce que le modérateur nous a adressé une traduction mot à mot d’un passage de ces Métamorphoses, chacun le sien, et que nous allons en proposer notre traduction, puis s’installe face à nous, curieux de nos exploits. Il vérifiera très vite qu’il ne s’agit aucunement de cela, que rien ne se déroule des numéros qu’il espérait. En effet, le premier des intervenants littéraires non cadres venu les mains dans les poches fait un numéro de maître de conférences ; le deuxième donne une brève introduction à un cours de littérature comparée ; le troisième lit un extrait d’un livre publié puis d’un autre inédit qui se conclue par la traduction d’un épisode des Métamorphoses traduit par un personnage de fiction. L’éclairagiste passe la scène au noir. Je ferme les yeux un instant. Quand je sors de ce moment de légère angoisse, je me retrouve seul. « Quand on ne se retrouve pas, on se retrouve seul », chantait Geneviève Cabannes dans une des pièces d’Un Drame Musical Instantané. Je reprends ma lecture de Destination vide, de Herbert, commencée dans le train tandis que mon collègue dormait, et l’interrompt vers vingt heures, pour dîner rapidement. Je termine le livre, lu il y a quelques décennies, dont j’ai parlé à un ami proche il y a quelques jours, et que je lui ai conseillé. Le lendemain, au petit déjeuner, je trouve le directeur artistique à qui j’offre un de mes livres afin de le remercier de m’avoir invité, mais il n’y est pour rien m’assure-t-il ; et je suis rejoint par le modérateur latiniste à qui j’exprime mon désappointement avec humour, intérieurement rageur. Je décide, de retour à Paris, vers midi, de ne plus jamais accepter de telles propositions. Je me remets à mon Dorman, et le lendemain, c’est-à-dire ce matin, je recherche sur mon machin le film de Ferry Radax, Thomas Bernhard : Drei Tage.

D.M. 03/06/2013

Une approche de cette ville est tentée ici, qui me permet de suggérer qu’elle se justifie (ville ou description) d’être située à quelques kilomètres de là.


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