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Rivages

2015 - Musique Francis Gorgé - Field recording Eerala et Meens
23 octobre 2015, par Francis

Photos : Jan Eerala

J’ai depuis longtemps une grande admiration pour les enregistrements et créations de J-C Roché qui a passé une grande partie de sa vie à glaner des enregistrements d’oiseaux, d’animaux, et de toutes sortes d’ambiances naturelles variées. J’ai failli travailler avec lui mais la chose ne s’est pas faite.

Ce n’est qu’au retour de Finlande de Dominique Meens que l’envie m’a repris d’incorporer des ambiances naturelles dans ma musique. Il était revenu avec quelques enregistrements et il m’a présenté le travail de Jan Eerala. En plus d’être photographe, Jan enregistre les oiseaux, la mer, le vent, les bruits des objets inanimés... c’est un spécialiste du "Field Recording". La qualité de son travail m’a conquis et j’ai décidé, avec son accord, de créer de la musique sur certains de ses enregistrements.

A l’écoute de la musique dite électro acoustique j’ai toujours eu un sentiment mitigé : la plupart des sonorités utilisées provenant de sons réels enregistrés sont présentées uniquement pour leur qualité acoustique, oblitérant leur sens premier.
Pour moi, ces sons ressemblent à des fantômes, à des ectoplasmes dont il manquerait une dimension : confrontées à des sons musicaux riches d’histoire et de sens musical, ces sonorités ne font pas le poids.
C’est au contact de Jean-Jacques Birgé et de ses radiophonies que j’ai appris à conserver la signification des objets sonores.

Dans Rivages, mon but est de maintenir l’essence des ambiances sonores en les confrontant à un véritable discours musical.

Ne pas oblitérer l’un ou l’autre des deux discours
Jouer sur le contraste et sur la fusion
Illusionner, se faire passer pour ce que l’on est pas
...

Il m’arrive de maquiller mes sons de synthétiseur en sons naturels.
Mes musiciens peuvent jouer comme deux individus d’espèces différentes et s’ignorer.
Un rythme mécanique peut être très proche d’un coassement de grenouille ou des stridulations d’un grillon, le chant des oiseaux peut être discours ou rythme.
Les ambiances naturelles et la mer tout particulièrement proposent des sonoritees apparement répétitives mais toujours en constante évolution.

Il y a donc déjà beaucoup de musique dans les enregistrements de Jan, et je ne peux pas me contenter d’ajouter quelques harmonies planantes qui pourraient transformer ses enregistrements en pièces lénifiantes.
Il me faut au contraire ajouter du discours, c’est à dire de la vraie musique avec du rythme de l’harmonie, des mélodies et une forme.

Rainy days , "Jours de pluie", est basé sur l’enregistrement du même nom de Jan Eerala réalisé à Makholma en Finlande.

Photo : Jan Eerala

Cette pièce est l’Allegro de ma suite non pas qu’elle soit basée sur un mouvement métronomique "Allègre", mais elle utilise une sorte de forme sonate opposant un musicien à thématique masculine (le percussionniste) et un musicien dont le discours musical est féminin (le saxophoniste).
Chacun suit sa route imperméable aux sollicitations extérieures.
De même, dans la bande son, la pluie et les bruits d’eau sont liés au batteur, les oiseaux (swinging birds) jouent les riffs de cuivres d’un orchestre animalier, et avec eux le synthétiseur et la sub-basse ne se contentent pas de réaliser un lien entre son naturel et musique mais ils introduisent un découpage rythmique du temps.

a quiet place , "Un endroit tranquille", élaborée à partir d’un enregistrement de Dominique Meens réalisé en Finlande, au petit port de Laitakari.

photo : Jan Eerala

Occuper l’espace sans l’envahir.
C’est ainsi que David Chambard résume mes intentions.

Un adagio cool cool ... le clapotis de l’eau et les petit oiseaux...la grande agglomération n’est pas loin, avec toutes sortes d’impressions d’agitation sourdes plus ou moins fortes, avec malgré tout une certaine sérénité .. en quelque sorte l’image de l’existence, avec ses pressions profondes et ses petits bonheurs...
Jackie Lalanne

Un orchestre classique minimaliste à l’image de la bande son, discret à la fois dans sa densité et dans le peu de variation de son discours : cordes, bois et cuivres et un synthétiseur rythmique qui s’exprime comme un batracien.

Tanker Bolseviiki
Irruption du tanker Bolseviiki qui traverse la baie ?



Cette nouvelle pièce de la suite « Rivages » utilise deux extraits d’enregistrements de Jan Eerala : « Very Last Ices » et « A Peacefull Rowing ».

Dans ce mouvement, les sirènes et machines imposent leur tempo aux espaces naturels, mais le géant ne fait que passer avec ses bruits et sa musique, son sillage finira par disparaître. Les cygnes l’ignorent d’ailleurs complètement.


Wooden Skiff Piitta avec l’enregistrement portant le même titre de Jan Eerala réalisé à Makholma en Finlande.

Wooden Skiff Piita

photo : Jan Eerala

Le bois du dériveur Piitta gémit et craque dans le petit port de Makholma, m’appelant pour un duo...
Synthétiseurs et percussions s’en mêlent, une créature marine sort sa lyre et dialogue avec ma guitare.
Blackbird is coming.


Maja matala , "Une seule petite maison",

Maja matala

photo : Jan Eerala

La chanson de ces jeunes filles enregistrées par Jan Eerala m’a inspiré cette pièce mettant en relief l’insouciance de l’espèce humaine face à la planète.
Un extrait de "Pleurez mes yeux", air chanté par Chimène dans le Cid de Massenet parcourt le paysage.


The Magical

photo : Jan Eerala

Les finnois sont des gens très introvertis. Ils détestent bavarder et filent tôt se coucher. Mais une fois par an, lors de la nuit de la saint Jean, ils allument un feu de camp et restent éveiller toute la nuit à boire, chanter et ronchonner. Les oiseaux, calmes pendant le mois de juin s’éveillent, en sachant eux aussi, que cette nuit est particulière.

The Finns are really introvert people. They hate small talk and goes early asleep. But one’s a year, on the Midsummer night, they burn a bonfire, even nondrinker drinks and they stay up all the night singing and growling. The birds quiet down in early June, but something in this special night seems to waken even them.

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