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Premières images

mes premières vues
7 décembre 2015, par Dominique

Pour ces premières séries d’images collectées sur le littoral oléronnais, puisque je n’ai rien écrit à propos de mes observations d’alors, les textes et liens que je propose en illustrent de plus ou moins près l’humeur et l’ambiance discursive.

« C’est à Leroi-Gourhan que l’on doit la première étude d’ensemble des signes. A partir d’une analyse morphologique et topographique des signes pariétaux, l’auteur distingue deux classes : celle des signes pleins et celle des signes minces. Le symbolisme sexuel proposé pour rendre compte de cette dichotomie a suscité la polémique que l’on sait et dans laquelle nous nous abstiendrons d’entrer, préférant faire remarquer que pour la première fois le signe paléolithique acquiert un véritable statut de signe au sens sémiologique du terme. Conformément à la définition de Saussure, il est conçu comme une entité à deux faces, possédant un signifiant (sa forme graphique) et un signifié (le concept qu’il représente) liés par une relation conventionnelle. Des relations structurales entre les signes sont également envisagées, de sorte que l’ensemble présente tous les caractères d’un véritable système. »

Extrait d’un article de Georges Sauvet, Suzanne Sauvet, André Wlodarczyk (1977).

« The figurative component of European Palaeolithic cave art may be divided into fourteen main motifs. A data base consisting of 416 polythematic panels (from two to six different themes) was collected and analysed from a statistical and structural point of view. Factor Analysis and Ascending Hierarchical Classification led to a partition into five classes, one of which is hierarchically dominating (horse, bison, ibex). Using these five classes it was found that only a very small number of the possible combinations have been produced. Moreover, they constitute such a regular pattern that the hypothesis of a random distribution appears highly improbable. A very simple model consisting of a few rewriting rules accounts for the thematic composition of 98% of the Palaeolithic cave art figurative productions. The consistency of the applied structural constraints shows that the inter-thematic associations were governed by semantic choices which remained relatively stable during Upper Palaeolithic in western Europe. A social organisation based on independent, but closely related groups may explain both the stability of the structural principles shown by this work and the regional and chronological diversity of Palaeolithic cave art. »

Extrait d’un article de Georges Sauvet, André Wlodarczyk (2008).

« Déceler dans le bestiaire de Lascaux la structure mœbienne du sujet, organisée à l’insu de leurs auteurs dans les superpositions de figures, est certainement osé. Cette conjecture se réclame de Lacan qui entend dans la grotte l’acte de naissance de la parole et lit dans ses signes l’écriture à venir. Elle indique la marque de l’être parlant, notre prochain, évitant l’ornière de la quête de sens. »

Résumé d’un article de Michel Grangeon (2005).

« Chers collègues,
A l’occasion du XIXe Congrès d’Art rupestre de l’IFRAO, qui se tiendra en septembre 2015 à Caceres en Espagne, nous vous proposons une session intitulée : Ethnologie des territoires symboliques de la Préhistoire.
L’objet de cette session est de traiter de la notion de territoires symboliques à travers le prisme palethnologique. A l’initiative de cette démarche, nous souhaitons mettre en avant l’approche sociale des arts préhistoriques, et nous souhaitons voir confrontées les expériences sur un large éventail de témoins et de cultures préhistoriques. »

Une conférence d’Ambrogio Galbiati.

Images suivantes, deuxième

Toujours divagant, l’œil du promeneur voit d’autres tas d’écrits, car l’océan efface son ardoise à chaque marée ou presque. Un pas vers le sable des dunes, c’est autre chose encore.

Du sec, de la plume et de l’encre.
Sans commentaire car à ce moment je n’ai toujours rien écrit.
J’ai fait quelques tentatives de transformation en dessin qui m’ont paru très mauvaises et sans intérêt.
La découverte de la gouache m’a enchanté.

Images suivantes, troisième

L’algue s’y met, ailleurs, sur une autre plage, et l’herbe qu’on attendait.

Je change d’endroit pour vérifier que je n’ai pas la berlue. Ça continue à écrire dans tous les coins sans autorisation spéciale.

Toujours pas ouvert un livre sur la question, je n’ouvre pas plus de cahier. Je note ici seulement que montrant ces images à des proches, j’insiste : ce ne sont pas là des images, mais des dépôts de choses qui tendent à l’écriture, des arrangements de formes qui scriptent, qui graphient. Je parle également de la gravité qui commande, loi physique. Tout cela très brouillon.

Images suivantes, quatrième

Revenu sur mes traces, j’en trouve d’autres.

Les questions se pressent mais de façon trop anarchique. Si je classais, m’y reconnaîtrais-je ? Pas sûr, pas sûr du tout.

L’algue dépose avec elle la forme du retrait de l’eau. La racine bourrique tourne et gratte sous la bourrasque. Que fait la plume, je me demande. Un monde disposé à écrire.

« En définitive, à l’horizon de la mythographie ou de la pictographie, ce n’est pas l’écriture qui est à mettre en perspective, mais l’image figurative. Certes, les inventeurs de l’écriture ont puisé, dans le répertoire des signes et des objets qui leur étaient familiers, l’inspiration pour concevoir leur propre corpus. Mais ce serait une erreur de croire que ces mêmes signes produits antérieurement et hors du champ de l’écriture contiennent celle-ci en germe. Cette approche serait heuristiquement inepte puisqu’elle conduirait à confondre l’histoire des formes visuelles avec l’instauration d’un système, or il est indispensable de distinguer entre l’identité d’un dessin en tant que marque visuelle et la valeur qu’il acquiert lorsqu’il est intégré dans un système d’écriture. »

Extrait d’un essai de Jean-Jacques Glassner (2009) dont on peut lire Écrire à Sumer au Seuil (2000).

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