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Les Huaronis

2012 - musique Gorgé livret Meens
24 février 2014, par Francis

Il y a des dieux parmi les oiseaux.
Le Coq de roche est un dieu.
Les dieux sont assoupis depuis des lustres, mais celui-là est réveillé.
Ce doit être que des hommes ont brutalisé son monde.
Que fait-il ? Il voyage.
Au désert, il croise un autre oiseau dont il fait un autre dieu, le Sirli.
Tous les deux prennent leur envol pour en faire un troisième, ailleurs, le Calao.
Trois dieux pour faire disparaître un monde.

PERSONNAGES :
Les ouvriers du barrage : Francis Gorgé et Dominique Meens
Karl Kreutz, ingénieur du barrage : Dominique Meens
Moï, chaman huaroni : Joseph Racaille
Les femmes huaronis : Geneviève Cabannes et Manon Gorgé
Le coq de roche, dieu : Valérie Barki

Mise en scène : Abdul Alafrez
Décors peints : Léa Duchmann


Nous sommes en Amazonie équatorienne, chez les Huaronis. Une multinationale construit là un barrage. Karl Kreutz, ingénieur allemand qui dirige les travaux, invite une tribu à se déplacer en aval de la construction à moins d’être engloutie. Celle-ci refuse et les femmes de la tribu demandent à Moï, leur chaman, d’intervenir. Moï fait alliance avec le feu, représenté par le Coq de roche, qui retiendra l’eau du fleuve. La multinationale ne l’entend pas de cette oreille. Moï est assassiné, l’eau emplit enfin le barrage.

La création de cette œuvre a été aidé par la Fondation Beaumarchais


Vous pourrez bientôt visionner l’intégrale des Huaronis.
Grâce au lecteur ci-dessous, vous verrez les Prélude et Scène 1, seuls pour l’instant filmés, et écouterez la suite complète.
Nous mettrons le lecteur à jour au fur et à mesure des envois d’Abdul Alafrez, auteur et réalisateur des images animées.




1. Prélude

musique : Gorgé

On découvre au lever du rideau, perdu en forêt, un énorme chantier.




2. Scène 1

musique : Gorgé, texte : Meens

Au pied du barrage, Karl Kreutz, l’ingénieur, fête avec son équipe la mise en eau de l’ouvrage.

Les ouvriers
Elle monte ! Elle monte !
Enfin !

Kreutz
Cinq ans, cinq ans ici,
cinq ans
d’efforts…

Les ouvriers
Cinq ans !
Cinq ans, ici !

Kreutz
Cinq ans de sueurs, cinq ans de cris,
cinq ans
d’espoir.

Les ouvriers
L’eau monte ! elle monte ! Enfin !

Kreutz
L’eau monte, elle monte…
Ton barrage, mon vieux Kreutz !

Les ouvriers
Cinq ans !
Cinq ans, ici !

Kreutz
Le barrage Kreutz…
Ton barrage, mon vieux !

Les ouvriers
Elle monte ! Elle monte !
Enfin !

Kreutz
Cinq ans, cinq ans ici,
cinq ans
d’efforts…

Les ouvriers
Cinq ans !
Cinq ans, ici !

Kreutz
Cinq ans de sueurs, cinq ans de cris,
cinq ans
d’espoir.




3. Scène 2

musique : Gorgé, texte : Meens


En amont, sur la rive du fleuve, Moï le chaman et les femmes huaronis s’inquiètent de la montée des eaux.

Moï
La terre se remue,
le coq de roche s’envole,
les vautours s’envolent,
l’eau monte,
les femmes se changent en grenouilles…

Les Femmes
Nous ne sommes pas des grenouilles !
Cesse de dormir !
Cesse de rêver !
Demain nous marions nos hommes :
comment danser dans l’eau qui monte ?
Arrête-la ! Réveille-toi !

Moï
Comment pourrais-je éveiller le dieu ?
Pourquoi l’arrêterais-je, pourquoi ?

Les Femmes
Chaman, ce n’est pas l’eau de ton dieu,
et si le fleuve
sort de son lit,
ce n’est colère ni vengeance :
tu sais bien ce que Kreutz a fait !
Il a coupé
la voie du fleuve,
il faut partir ou se noyer.

Moï
Le dieu dort trop profondément,
Le dieu nous oublie…

Les Femmes
Que ta colère soit terrible,
cesse de dormir !
Cesse de rêver !
Demain le dieu nous fera danser,
si tu veux bien nous rappeler,
réveille-toi ! Réveille-toi !
Et demain nous pourrons danser !

Une Femme
Réveille-toi et dès demain
et dès demain nous danserons.

Moï
Trouvez-moi le messager, le coq de roche.
Amenez-le moi. Je lui parlerai.
Il parlera au Dieu.




4. Scène 3

musique : Gorgé, texte : Meens

Moï, seul.

Moï
Le coq de roche est mon emblème,
il est mon ennemi.
Jamais il n’est venu dans mes rêves.




5. Scène 4

musique : Gorgé, texte : Meens


Arrivée resplendissante du coq de roche, Moï le prie d’agir.

Le Coq de roche
Elles m’ont trouvé,
tu me chasses d’elles
et tu me les envoies !
Tu ne veux pas de moi
auprès de tes femmes :
elles m’appellent comme l’incendie
réclame la pluie !
Regarde !
Elles font cercle autour de moi,
et je danse ! Je danse !

(Il danse avec les femmes)

Moï
Coq, tu es la flamme qui les brûle,
non l’eau qui les éteint.
Il n’est plus temps de jouer, Coq,
ni de mentir.
Le fleuve monte,
tu ne pourras bientôt plus rougir
l’eau de nos femmes.

Le Coq de roche
L’incendie dévore la flamme,
le fleuve noie l’averse.
Tu prends l’envers pour l’endroit.
L’eau monte, dis-tu,
qu’as-tu fait ?

Moï
L’autre est venu.

Le Coq de roche
L’autre, quel autre ?

Moï
Celui qui ne te voit pas.
Il noie le fleuve et le fleuve s’endort.

Le Coq de roche
L’eau monte, dis-tu,
qu’as-tu fait ?

Moï
Le fleuve s’oublie dans son eau,
oublie le feu qu’il te doit.

Le Coq de roche
Réveille-le !

Moï
Je t’ai chassé.

Le Coq de roche
Rappelle-moi !

Moï
Viens, Coq.

Le Coq de roche
Je viens !
Que l’incendie dévore la flamme !
Nous allons chatouiller ton dieu !
Regarde !
Elles font cercle autour de moi,
et je danse ! Je danse !

(Le Coq couvre le chaman de ses ailes. Le chaman brûle, il est le coq. On danse. L’eau a cessé de monter. Mais la fête est troublée par l’arrivée de Kreutz accompagné d’hommes en armes, les sbires de la multinationale.)




6. Scène 5

musique : Gorgé, texte : Meens

L’eau a cessé de monter. Karl Kreutz, inquiet, soupçonne les Huaronis de magie.

Kreutz
Que fais-tu, Moï ?

Moï
Tu le vois. Je brûle.

Kreutz
Tu es fiévreux. Oui.
Mais pourquoi patauger ici
quand je vous dis
d’aller là-bas, de l’autre côté ?
Et puis, l’eau
ne monte plus !
Qu’avez-vous fait ?

Moï
Je n’irai pas.
Nous n’irons pas.
Je brûle
et le fleuve s’éveille.

Kreutz
Tais-toi donc

(Il désigne les sbires)
Ceux-là vont te croire !

(Aux femmes)
Femmes, emmenez-le !

(Revenant sur Moï)
Que fais-tu, Moï ?

Moï
Tu le vois. Je brûle.

Kreutz
Tu es fiévreux. Oui.
Mais pourquoi patauger ici
quand je vous dis
d’aller là-bas, de l’autre côté ?
Et puis, l’eau
ne monte plus !
Qu’avez-vous fait ?

Moï
Je ne suis pas fiévreux, Karl.
C’est le Coq, je brûle avec lui :
il ne veut pas
 ?Karl, de ton barrage.

(montrant les femmes qui l’entourent)
Elles ne m’emmèneront pas.
Elles brûlent aussi.?
Nous brûlons tous
et le fleuve s’éveille
et le fleuve se retire.

Kreutz
Tais-toi donc !

(?Il désigne les sbires)
Ceux-là vont te croire !

(Aux femmes)
Femmes, emmenez-le !

(Aux sbires)
Il est à vous,
emmenez-le !




7. Scène 6

musique : Gorgé, texte : Meens

L’ingénieur, quoique troublé, seul au pied du barrage, exulte.

Kreutz
Ils l’ont emmené.
Le fleuve réveillé se retirait.
Je l’ai vu, de mes yeux vu.
J’ai vu le coq de roche
danser sur l’eau comme une flamme
et la flamme asséchait le fleuve et Moï brûlait.
Ils l’ont emmené.
Le fleuve revenu s’est endormi.
Je l’ai vu, de mes yeux vu.
L’oiseau a plongé comme une pierre
et la flamme a quitté le fleuve,
Moï a cessé de brûler.

(Avançant dans l’eau)
Je l’ai vu de mes yeux vu.
L’oiseau a plongé comme une pierre
et la flamme a quitté le fleuve,
Moï a cessé de brûler.

(De l’eau jusqu’à la taille)
L’eau monte, elle monte !
Ton barrage, mon vieux Kreutz !




8. Epilogue

musique : Gorgé, texte : Meens

Le rideau tombe, on entend :

Les oiseaux
Chanter,
planer,
danser parmi les oiseaux.
À la guerre comme à l’envers,
rêver là,
tête en l’air !

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