Accueil > Nouvelles > Charles Olson, Nguyen Trai.

Charles Olson, Nguyen Trai.

une phrase dans un livre, un poème dans un autre.
17 juillet 2014, par Dominique

Nguyen Trai et son recueil de poèmes en langue nationale,

Paul Schneider, CNRS, 1987.

Nguyen Trai, Selected poems,

Nguyen Do and Paul Hoover, Counterpath Press, 2010.



Le conflit fait rage, je n’interviens pas dans cette guerre,

Et joue de la flûte dans ma cabane pour y entretenir mon naturel.

Mon trésor héréditaire, un vieux volume ;

Mes repas quotidiens, du riz grossier.

La nuit, à travers les bambous guetter la lune.

Le jour, près des massifs écouter les ramages.

L’homme de qualité se doit de rester fidèle à son idéal

Et ne craindre ni la pauvreté ni la vieillesse.



I’m lazy about getting involved in the conflict over the war.

To keep such an attitude, I love living in the palm hut.

From sunrise to sunset, I read my favorite books.

From morning to evening, a bowl of steamed rice satisfied me.

On silent nights, the moon makes its landing on the bamboo veranda.

On quiet days, birdsong echoes from clusters of flowers.

If you’re a nobleman, keep advancing toward your ambition,

Don’t worry about the hard times and growing old.



On aura compris.



Charles Olson, Appelez-moi Ismael,

traduction Thierry Gillybœuf, Prétexte éditeur 2013

« Rythm, suddenly, which had been so long the captive of meter, was a pumping of the real so constant art had to invent measure anew. »

« Le rythme, qui avait été si longtemps captif du mètre, se mettait tout à coup à tellement pomper le réel que l’art a dû réinventer la mesure. » (trad. T.G.)

Ce que l’audition et la vue peuvent permettre : entendre et voir la parence des formes et de leurs métamorphoses. J’appelle après d’autres « rythme » ce mouvement continu des formes, et le signifiant dans la nature qui, comme je l’ai redécouvert à la bonne fortune de mon voyage en Finlande, manœuvre les dessous de l’image et du son, est précisément rythmique. Bien avant que l’art ne s’y mette, la mesure est ce qui tempère l’angoisse du parlêtre. L’artiste en est un et la mesure le satisfait tout autant, que le réel effraie tout pareil. Seulement voilà, il en est qui se mettent au service du pouvoir et de ses illusions, ce que le traducteur Brahms nomme le service de Catherine (de Russie, bien sûr, la gourmande, celle de Diderot). La mesure que l’art réinvente dans ces conditions… : veaux à l’abattoir au pas cadencé.