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8 février 2016, par Dominique

Il est couru d’énoncer le rapport ambigu de la main à la plume. Un metteur en scène demandait à son acteur de faire mine de se masturber, Sade, son personnage, écrivant dans sa geôle. Un auteur regrettait d’avoir avoué cette pratique occasionnelle et symptomatique d’une adolescence embarrassée, le publiciste s’étant empressé d’en faire son image de marque. Un analyste à qui cette anecdote était contée de signaler aussitôt « bah, la branlette de l’écrivain, c’est un classique, ça ». Il disait bien, recalant droit dans ses bottes la critique majoritaire dévoilant la « branlette intellectuelle » publiée partout. Le « pisse-copie » qui définit si bien la pratique de la plupart joue du même registre imaginaire. On ne sera donc surpris de l’inhibition qui retient parfois la main d’un écrivain. Le clavier peut lui permettre, un temps, de passer outre [1].

J’écris que l’océan écrit d’avoir arpenté le littoral et cadré du lisible. Il me vient « nécessairement » que l’océan ne saurait être inhibé. Voilà deux phrases qui -clenchent, en- et dé-. Entendez « calancher » pour supplément.

L’océan donc n’écrit pas s’il laisse du lisible. Je refuse les traces animales, ignore les marques profondes laissées par les semelles ou les pneus. M’est avis que toutes brouillent et ma vision et ma phrase. La trace du renard, du goéland, les marques profondes d’un véhicule, distribuent leur « à suivre » et m’éloigneraient de la plage si je leur cédais. L’été, au matin, quand le vacancier n’a pas envahi les lieux, le sable a été lissé, toutes traces effacées, non par l’eau mais par la machine, dont on voit, à perte de vue, l’effet et le signe du travail. De certaines des plages que j’ai arpentées, j’ai appris qu’elles n’auraient aucune existence sans elles, sans les machines, donc sans le discours dont elles sont l’effet, qui chaque année à force d’extraction et transport, les fabriquent. Cela n’est guère lisible, j’ai ce savoir de l’avoir lu et entendu, d’avoir vu ces noria de véhicules chargés ras la gueule. Que la plage disparaisse, et l’officiel de vous affirmer que vous n’y êtes pour rien. Si les océans effacent régulièrement leurs littoraux, rien que de plus naturel, mais s’il vous plaît, tout de même, ne marchez pas trop nombreux dans les dunes, le creusement du port voisin a suffisamment modifié les courants du coin pour que vous autres foules d’été n’en rajoutiez. Une part de la phrase précédente est tue, et que les allées et venues en masses participent du même discours masqué. Rien n’est plus lisible enfin, il me faudra beaucoup d’entêtement pour reprendre à la source et non poursuivre à la décharge.

Notes

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